samedi 27 février 2016

Déluge - "Æther" (2015)


(Par Vivine Lilith)


Parution : Format : Label : Univers : Pays :
19 septembre 2015 LP Les Acteurs de l’Ombre
Productions
Ambient black metal
& post hardcore
France


Déluge - Æther (2015)
Track-list :

1) Avalanche
2) Appât  YouTube
3) Mélas|Khōlé  YouTube
4) Naufrage
5) Houle  YouTube
6) Klarträumer
7) Vide
8) Hypoxie
9) Bruine





Line-up de l'album :

Frédéric Franczak : Basse.
Benjamin Marchal : Batterie.
François-Thibault Hordé : Guitare.
Richard de Mello : Guitare.
Maxime Febvet : Chant.

Membre additionnel :

Neige : Chant (sur Mélas|Khōlé).






«... Le naufrage de ton âme, est venu
Lorsque tu as caressé les boulets
Qui transperçaient la coque de ton navire. »


C’est toujours dans un état de mal-être et sous cette forte tempête, qui dure depuis plusieurs jours, que je me plonge à nouveau dans le son impressionnant de cet énigmatique et puissant "Æther", que nous offre l’incontournable et prometteur groupe Déluge. Observant d’abord la pochette très originale de cet opus qu’il me tarde d’écouter une seconde fois, je la trouve mystérieuse et spirituelle. Représentant idéalement le groupe, les traits sont presque apocalyptiques évidemment. D’ailleurs, vous remarquerez au centre les deux premières lettres du nom de leur premier album "Æther". J’adore l’ensemble, simplement.

Mais que signifie ce nom "Æther" me demanderez-vous ? C’est tout simplement un dieu primordial de la mythologie grecque, qui veut dire brûler. Nous voilà mis au courant d’une partie de la thématique générale. De plus, les neuf titres parlent d’eux-mêmes. Les éléments naturels de l’eau colérique et du vent violent seront apaisés par des silences pesants. Mais ne vous inquiétez pas, même si cet opus secouera tout votre être et transpercera votre âme, il y aura peu de chance que vous deveniez bleus d’hypoxie. Quoique...

 Et Déluge se définit ainsi sur bandcamp : « At the gates of hell or heaven depending on the listener’s philosophy ». Pour moi, cette phrase résume à elle seule l’entité de ce groupe exceptionnel, ainsi que l’atmosphère unique d’"Æther". Et ils le disent si bien : « Incredibly modern, visceral and atmospheric result ». Pour couronner le tout, précisons que leur excellent travail a été enregistré par Monsieur Chris Edrisch, mixé et masterisé par le grand Monsieur Joey Sturgis, producteur de la scène metalcore américaine, et la participation surprenante et excellente de Monsieur Neige du groupe Alcest, entre autres !


Avalanche. Dès la première seconde, je me suis sentie ébranlée par leurs blasts ! Voici que le remous rythmé et vif m’emporte. Soudain, il y a ce moment où l’accalmie s’invite vers les deux premières minutes. Mais ceci n’est qu’un leurre sombre pour reprendre mon souffle. Leur jeu musical est si intense et soutenu que j’en suis surprise ! Peut-être ne vais-je pas tenir bon, mais il faut tenter l’écoute musicale, contre vents et marées... D’emblée, le chant est crié et perceptible, pas assez inaudible pour moi. Alors, il faut lire les paroles. Et quelles paroles, nom de Zeus !!! Juste sublimement poétiques et bien franches...

Appât. Toujours dans ce gouffre harmonieux, l’écoute devient addictive, voire hypnotique. Les sons rapides et claquants s’offrent à moi, tels des bourrasques qui me fouettent la peau et semblent destructifs. Le chant post hardcore hurlé et presque maladif se reconnaît tellement bien, malgré le fait qu’il semble si loin et presque étouffé. Puis cette rémission qui apaise doucement sur la fin, comme le calme après une tempête. Je me suis sentie écrasée, comme un poids inévitable sur les épaules...




Mélas|Khōlé. Ce titre est le plus court de l’album. Il est plus doux avec ce début de batterie, plus lent et les riffs paraissent doux. Mais là encore, c’est un leurre ! Rapidement, le chant de Monsieur Neige s’invite pour transpercer mes ouïes et rendre sanglant mon cœur ! Ces mots francs encore hurlés résonnent fort, avant la douceur finale, telle une plongée abyssale... « Bafouées les valeurs, perdue l’humanité. Ils sont beaux ces espoirs, émouvants de clarté. Adorer s’en nourrir pour finalement les chier ».




Naufrage. Ma préférée... Mélodieux riffs et envoûtante batterie qui s’annoncent... Le début est enivrant. Le tempo est donné et il est à nouveau bien rythmé. Sa voix est encore une fois douloureuse et pénétrante. Une embellie fait place vers la moitié du morceau pour nous emporter au plus profond du gouffre, très lentement, presque de façon minimaliste musicalement. Parfait.

Houle. L’une de mes préférées... Des cris dès le départ et toujours ces blasts écrasants et très rapides. J’adore ce texte encore une fois, oui !! Leurs pensées collent parfaitement à leur musique si tranchante et si douloureuse. Ecoutez... « Du gâchis, tant pis, plus d’état d’âme, Plus froide sera la lame. Abreuve-toi, à plus forte raison, De ce déluge d’illusion ». A la moitié du morceau, le rythme semble s’arrêter mais repart avec un cri hurlant et désespérant. A me donner la chair de poule, voire la nausée car la batterie insistante et répétitive  me crève la peau. Cette houle est incessante et chavire les âmes, c’est sûr... Et l’orage résonne pour finir, comme le glas de ces marins intrépides...




Klarträumer. Clairement ma préférée... Les notes sombres et lourdes de cet instrumental m’interpellent d’emblée ! Prêtez l’oreille aux sons du piano et des guitares très pesantes, pendant ces moments d’accalmie. Vous sentirez la bruine et le vent frais vous caresser, oyant alentours des notes d’orage et de pluie fine, ci-et-là. C’est glauque, parfaitement noir et angoissant. J’adore ! Ce rythme morbide et très bien mené, nous happe de façon surprenante. Nous entraînant dans un maelström incessant aux sons insatiables ! Soudainement, des notes très claires et harmonieuses au piano, puis presque douces mais tellement noires, pour ce final, rendu si poétique et triste. On se sent mourir... Avez-vous entendu comme moi, que ces notes claires nous attiraient irrésistiblement vers les fonds marins ? Telles des harpies ou des nures-onnas... Dévastées par ces bourrasques violentes, tels des démons, elles nous ont entraînés parmi les flots. Pour moi, cette mélopée délectable est un tableau sombre et massif, qui s’accorde parfaitement à ma noirceur intérieure. Cet instrumental est hypnotique, envoûtant et inquiétant. Le seul vent qui pouvait les chasser était le souffle de l’esprit, le spiritus...

Vide. Dans la continuité parfaite de la précédente : elle commence doucement et délicatement. Rythmée par la batterie à nouveau lourde, et les riffs enivrants pendant plus de deux minutes. On distingue le vent léger, les vagues se laissant mourir sur le sable. Entendez-vous pauvres fous ? Les paroles sont accablantes et misérables, toutes comme ces âmes en éternelle perdition. C’est encore parfaitement sombre et écrasant. Je pense enfin avoir trouvé LE groupe qui me correspond, entre sonorités noires et textes français poignants. « Je me sens vivant dans ce lieu inerte, Tandis que je dépéris là où le monde crépite. J’épouserai ce vide. J’épouserai ce froid ». J’adhère totalement !

Hypoxie. De la douceur glauque... Et bim ! Leurs fameux blasts et riffs endiablés qui me perturbent et me saisissent de plein fouet ! Comme si bien écrit, c’est un « tumulte éphémère », « tiré vers le fond par un cœur trop lourd ». Tout est dit, ces mots résument la magnificence de ce piano si troublant et si triste... Encore le cœur au bord des lèvres... j’embrasse la noirceur idéale et l’accablante lourdeur, jouée par cette jolie mélodie mélancolique qui séduit mon cœur de marbre... Soudain, ce chant hurlé réveille même la plus funeste des âmes, dont la sinistre douleur jouée à la guitare, envoûte mon esprit maussade !

Bruine. On termine ce merveilleux opus brillamment et de manière créative, même si ce n’est pas un concept-album à la base, pour moi c’est inéluctable ! On pourrait croire à ce simple mot que ce dernier titre serait doux et lent. Il n’en est rien même si la rémission est toujours présente ! C’est en beauté que ce groupe de génie termine son excursion chaotique. Le navire a accosté dans un sale état, il a été battu par les flots salés, il a failli sombrer dans les vents violents et les vagues submersibles. Et pourtant, il sillonne encore ça-et-là, mais jusqu’à quand ? Ces chants hurlants, essayant de sortir de cette houle musicale fracassante est terrible. Ces blasts sont étourdissants et écrasants. Ça gronde, ça tonne au loin, c’est une déferlante de sonorités accablantes qui vous inonde pour finir cette virée orageuse et ô combien dantesque !


Laissez-vous guider par ce voyage célestiel et maritime que l’on nomme "Æther", car  il semblerait que les éléments de l’air et de l’eau se déchaînent à n’en plus finir ! Vous serez entraînés dans ce tourbillon magistral à tout va, mais peut-être vous faudra-t-il tanguer de tous bords, et que plusieurs écoutes de cet excellent album vous seront nécessaires, pour reconnaître le talent de ces cinq grandioses musiciens !!
On aime ou pas, car certains diront que c’est trop monotone ou trop répétitif, ou que c’est du déjà-entendu. Il suffirait pourtant, et surtout simplement, de se laisser naviguer sur des eaux noires et tumultueuses... J’y vois là une épopée mystérieuse, une odyssée  homérique, telle une fresque picturale  musicale houleuse, dont on ne se lasse pas d’admirer et de découvrir... Mais soyez vigilants lors de votre périple marin, car les montagnes enneigées ne sont pas loin, et le vent glacial y souffle majestueusement, pour se mêler aux tempêtes déchaînées de l’océan... En ressortirez-vous vivant ?

Un sublissime Déluge à écouter en boucle et très fort, en lisant leurs paroles, écrites entièrement dans la langue de Molière, sans cesse. C’est oppressant, pour les longues nuits de solitude. C’est pour s’enivrer, se laisser voguer vers nulle part, sentir la tempête, puis le calme, ne plus souffrir et ne plus revenir...


Février 2016,
Rédigée par Vivine Lilith.


Déluge


Liens officiels




Où se procurer l’objet ?

Les Acteurs de l'Ombre Productions  (Site officiel / versions physiques)

Les Acteurs de l'Ombre Productions  (Bandcamp / version digitale)

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