lundi 5 août 2013

Dark Sanctuary - "Dark sanctuary" (2009)


(Par Vivine Lilith)


Parution : Format : Label : Univers : Pays :
4 décembre 2009 Livre-disque illustré (artwork par Victoria Francés) Wounded Love Records/Astiberri Ediciones Mélancolie sombre, dark atmosphérique France


Dark Sanctuary - Dark sanctuary (2009)
Track-list :

Capitulo 1 : Neiges éternelles.
1) Ame de Décembre
2) Sous les neiges éternelles
3) Omnes fluctus tui
4) L’hiver est fini

Capitulo 2 : La vieille dame et la poupée.
5) Fin de vie
6) Enfantement
7) Orpheline
8) Lullaby

Capitulo 3 : Le chemin de croix d’une âme libre.
9) Le tribunal
10) Le cachot
11) Le chemin vers la délivrance
12) Incomprise



Dark Sanctuary



Line-up de l'album :

Dame Pandora : Voix.
Arkdae : Clavier et guitares.
Hylgaryss : Clavier.
Sombre Cÿr : Basse et batterie.
Alexis : Batterie (live).


Membres additionnels :

Coralie : Violon.
Fanny : Violoncelle.
Morgane : Voix d’enfants.





1. Pour introduire Dark Sanctuary.…

Imaginez à quel point Dark Sanctuary est ancien car le groupe fut fondé en 1996 par Arkdae, et classé dans la catégorie « ethereal wave/gothic et musique néoclassique gothique française ». Personnellement, je préférerais les situer en "dark atmospheric". Imaginez aussi que leur première démo était une cassette ("Bruises"), sortie en 1996 sur le label A.M.S.G. (pour "Ad Majorem Satanae Gloriam"). Puis un single Funeral Cry, sorti en 1998 sur le label parisien Ancestral Craft (et co-produit par A.M.S.G.). À cette époque, le groupe n'était constitué que de deux membres, Arkdae aux claviers et Marquise Ermia au chant. En 1998, le groupe s’agrandit pour donner encore plus d’effet à leur musique mystique et envoûtante. Un claviériste supplémentaire, Hylgaryss, un percussionniste/bassiste, Sombre Cÿr, ainsi qu'une violoniste, Éliane. Ensemble, leur premier album voit le jour, "Royaume Mélancolique", et un premier concert en septembre 1998, près de Paris. En novembre 1999, ils signèrent un contrat avec Wounded Love Records et après qu'une seconde violoniste, Marguerite, les rejoignit. Un second album naquit : "De Lumière et d'Obscurité", en novembre 2000.

Voyez la belle ascension de ce groupe. Mais, Marquise Ermia annonça son départ du groupe, d’où la présence de Dame Pandora et d’une nouvelle voix, toute aussi pénétrante. S’en suivit alors le troisième opus, "L'Être Las - L'Envers du Miroir", enregistré en 2002 et sorti en 2003. Ce fut un succès inattendu, aussi bien en France qu'en Allemagne. Après quelques concerts français, le groupe retourna en Allemagne afin d'enregistrer son quatrième album, "Les Mémoires Blessées", sorti début 2004. Nous y retrouvons la signature de Dark Sanctuary, témoignant d'une plus grande maturité tout en élargissant leurs horizons musicaux. Cette même année, la formation effectua une tournée européenne, dont un passage au Wave-Gotik-Treffen, dans le majestueux théâtre de Leipzig. En 2005, parut leur première compilation, "Thoughts : 9 years in the sanctuary" sous le label américain Projekt, synonyme de neuf ans de carrière. N’oubliez pas leur prestation en l'hommage de Dead Can Dance, "Summoning of the Muse ~ A tribute to Dead Can Dance".

En 2005, Dark Sanctuary retourna en Allemagne pour enregistrer le cinquième album : "Exaudi Vocem Meam - Part I" et sa suite, "Exaudi Vocem Meam - Part II", exactement un an après. Peu avant la sortie le 4 décembre 2009 d'un ultime album intitulé "Dark Sanctuary", le groupe se produisit le 3 octobre 2009 à Londres, en la nouvelle église de Saint-Pancras, pour ce qui fut annoncé comme le dernier concert du groupe, aux grands regrets de tous leurs fans....

(Arkdae)

 (Hylgaryss)





2. Suivez le chemin sombre…

Parcourant délicatement et religieusement ce merveilleux ouvrage musical, illustré par cette talentueuse artiste espagnole qu’est Victoria Francés, un mélange d’excitation et de curiosité survient.

Ce chapitre premier, intitulé « Neiges Eternelles », dévoile le premier titre de cet album éponyme : Âme de Décembre. Les sons sourds et les notes pesantes de piano commencent. La délicate voix de Dame Pandora s’invite comme un souffle doux pour nos ouïes émerveillées. Mais ne vous y trompez pas, cette voix de muse sombre vous mène vers les endroits les plus froids et les plus retranchés de votre subconscient. Prêtez l’oreille, très chers lecteurs... Vous allez vous sentir submergés d’émotions confuses... Une seconde voix en arrière l’accompagne, tel un ange noir, une brise légèrement parfumée de mélancolie s’envole. Le ton est donné. Les notes de violon adoucissent cette musique pesante et me guide dans la nuit noire. Je cite : «... Mon étreinte glacée Vaut mieux qu’un chemin perdu, Et en moi le refuge se fait jour. L’abysse de ton âme est ma lumière... ».

(Dame Pandora)

Vous suivez, comme moi, inévitablement, le chemin sombre et mélodieux de ce groupe ancestral. Le deuxième titre s’annonce plus chanté : Sous les neiges éternelles. Il est plus vivant, mais les mots sont tout aussi forts et tristes. Restons assis, enveloppés de cette sombre douceur. Ouvrez vos ouïes, mais fermez les yeux car ils sont la fenêtre ouverte sur vos âmes... Le chant suave et perçant de ces muses noires est envoûtant, accompagné de voix douces et discrètes d’hommes. Sentez-vous le froid s’installer petit à petit ? Comme égarés, vos esprits se troublent sur cette mélodie gracieuse. Vos sentiments les plus angoissants, enfouis au plus profond de vous, ressortent. « ... Le vent ne suit plus sa voie Et emmêle mes pensées, L’orage m’a ramené là Où un monde nous garde éloignés... ».

Ne vous égarez pas comme je l’ai fait, en étant absorbés par les sublimes illustrations de Victoria Francès. La troisième mélopée fait place : Omnes fluctus tui (traduction littérale en latin : Toutes tes vagues) C’est l’une de mes préférées. Elle envahit mon esprit et m’emporte vers ce chemin obscur, accompagnée de sons de cloches et de violons. Les voix sublimes, presque inaudibles au début, sont mêlées aux notes de ces derniers, qui vibrent en moi et font naître une sorte d’angoisse. Elles augmentent au fur et à mesure, pour ne plus me quitter. Comme une prière non dévoilée, juste murmurée, mais étrangement dérangeante. Plus instrumental, ce titre laisse apparaître des battements et des voix plus intenses. Les ténèbres s’annonceraient-ils ? Puis l’intensité redescend et ralentit, tout comme les battements de mon cœur. Cela me rappelle bien entendu cet autre groupe majestueux qu’est Arcana... Montée en puissance des chants : frissons garantis... Nos visages figés, le passé resurgit et le futur s’efface... le souffle nous manque. « ... Mais que vienne l’obscurité Car le temps je pense N’est plus à l’innocence... ».

Sans voix, sans bouger, le quatrième titre L’hiver est fini commence. Très chers, entendez ces violons pesants, le sang glacé, les yeux fermés, vous vous laissez guider par ces sons de guitare acoustique accompagnant la voix grave et triste de Dame Pandora qui augmente avec les échos... Doucement et froidement, les voix s’effacent pour laisser entendre les dernières notes lentes du violon qui me coupent le souffle. Cette ténébreuse berceuse me touche et m’émeut au plus profond de mes tripes. Ces rythmes de tambours encore accablants me bouleversent. Le drame arriverait-il ?... Les anges noirs flottent...   ... La lumière renaît de mes cendres Aux quatre vents élancées... Ne pleure pas mon Ange, L’ombre de peine s’est retirée... ».


Le deuxième chapitre fait place : « La vieille dame et la poupée ».

Ecoutez cette cinquième mélopée qu’est Fin de vie. Vous sentez-vous flotter entre différents mondes, totalement perdus ? Il semblerait que les anges noirs nous survolent. Le son sourd nous enlève à la réalité ; alors que cette légère cloche nous retient dans ce monde vivant. Cette chanson est chantée de façon plus forte car Dame Pandora donne plus de voix. Ce rythme ralentit comme un vieux cœur qui s’éteint doucement, comme celui de cette vieille femme illustrée par Victoria Francés. Son visage ridé de fatigue me bouleverse, ceux des poupées m’effraient quelque peu. Serait-ce parce qu’une voix de muse noire apporte le mauvais présage ? Celle-ci est chuchotée et angoissante en écho, comme une âme errante... « Dans cette maison de bois... et d’ombres... J’erre depuis bien trop longtemps... ». Une mélancolie froide s’installe et glace nos veines. Le son est encore sourd et lourd, poignardant nos âmes, il se laisse mourir comme pour annoncer l’heure de la délivrance...

Le sixième titre s’installe Enfantement. Juste cette opacité qui prend place, comme une suite évidente à la précédente. Les sons lents de cloches, les échos de voix féminines... La résonance monte et devient encore plus angoissante. C’est pour moi une berceuse triste. Ce rythme qui vient crescendo accompagnant sa voix comme pour nous retenir. Une muse noire mais douce, qui nous invite à la suivre, perdus dans les méandres de nos plus douloureuses émotions, vers des mélancolies ténébreuses. Reste enfin la cloche lente qui se fait entendre... Et cette phrase unique d’une enfant qui surgit brutalement : «  J’ai froid... » En avez-vous eu, comme moi, la chair de poule ?...

La septième chanson s’intitule Orpheline. C’est pour moi le son d’une boîte à musique. Toujours denses, les violons lourds de Coralie sont parfaitement sombres, et toujours cette cloche discrète qui sonnerait le repos éternel... Les chœurs qui s’amplifient sont évidemment tristes à souhait. Ils nous laissent la gorge serrée... Plus un bruit... A nouveau cette cloche comme hantée et résonnante dans nos esprits : les chœurs chantonnant comme si la Mort, elle-même, nous faisait l’honneur de sa présence. « ... Dans la neige s’est éteinte une vieille dame fatiguée, Et cela malgré la chaleur d’un cœur réchauffé... ». La solitude est bien là. Les chœurs chantonnent maintenant plus joyeusement, reste ensuite les cloches et ce silence pesant...

La huitième mélodie fait place : Lullaby. C’est une autre berceuse que voilà, plus sinistre pour ma part que les précédentes avec ses notes de piano. Le son de cloche se fait plus léger et serait-ce un vent que l’on entend ? Ou s’agit-il plutôt de bruits ténébreux perçus lors du passage vers la nuit éternelle ? Ce rythme lent nous entraîne, les yeux humides et le cœur au bord des lèvres, vers le chemin des ténèbres, celui d’où les êtres ne reviennent jamais. Nous laissant border par leur musique obscure, nos corps sont envahis de mélancolie. Cette voix de petite fille, ô combien discrète, mais effrayante, nous glace les sangs... « Je viens te retrouver... », unique phrase de cette harmonie sombre.


Le troisième chapitre fait place : « Le chemin de croix d’une âme libre ».

Sentez-vous le jugement proche sur ce neuvième titre Le tribunal ? Les violons s’installent, d’une tristesse sans nom, tellement lents et presque stridents par moment. Ces roulements de tambours me rappellent immédiatement les sons d’un autre groupe, tout aussi excellent : Rosa Crvx... Les chants féminins, cette fois, ne susurrent pas « ... Mon habile défense prouva ma disparité Et provoqua la fureur de mes accusateurs... ». Les tambours résonnent fortement et les voix de ces hommes qui semblent donner le dernier jugement.

Le dixième titre surgit… Le cachot, comme le dernier espoir, l’attente insupportable sur ces notes de guitare acoustique et ces violons. Le texte est lu cette fois, avec tant d’émotions que mon sang se glace de plus en plus... Les mots manquent... Il suffit juste d’écouter la douleur et la détresse... Inoubliable et pénétrante mélopée, si courte fut-elle...

Ma préférée restera cette onzième ode au désespoir obscur et amer : Le chemin vers la délivrance. Encore et toujours ces violons insistants et pénétrant nos esprits. Cette voix chantée avec toujours autant de vibrations fortes me transportent de tristesse âpre et intense. Les frissons ne me quittent plus à l’écoute de ces mots poignants : « ... Je sais que ces gens hurlent Mais je ne les entends pas. Au loin je vois la potence et J’admire mon indifférence face à ce monument... ». Les violons s’installent pour redonner de la douceur avec leur rythme lent. Mais cette voix revient doucement, accompagnée de bruits de chaînes, de roulements de tambours ; et la foule qui semble se presser pour assister au spectacle. Le trépas semble inévitable... La douleur est profonde sur ces dernières notes de violon. Les voix en fond et le bruit des chevaux qui s’affolent pendant que le feu s’anime...

Douzième romance chantée : Incomprise. Elle est la plus longue et termine sublimement cet opus. Toujours ces violons sinistres qui accompagnent cette voix de muse noire. Le final n’en est que plus troublant et malheureux. Sentez-vous le vide et la solitude s’inviter ? Cette façon délicate et mortuaire de jouer des notes si lentes et accablantes, comme un cœur qui s’arrête douloureusement, mais doucement. Les tambours et les chœurs sont présents comme pour escorter cette âme qui s’envole à jamais ; ils nous emportent avec eux dans ce lointain ténébreux. Ce cri déchirant nos cœurs, accompagne cet esprit brûlé sur le noir sanctuaire de la Mort. « ... Ma nuque qui cria sa dernière douleur... ». Les cloches sonnent après ce silence pénétrant, les chants de croyance de ces religieux se font entendre au loin. La foule s’en est allée, satisfaite de ce bûcher. Alentour, plus aucun bruit ; reste une âme à jamais meurtrie... « ... J’étais incomprise mais j’étais libre Et je ne saurai jamais lequel de ces sentiments Restera gravé dans l’histoire ». Les perles salées s’écoulent...

Nous restons figés et déconcertés, dans ce silence amer de ces dernières secondes d’écoute. Seuls, face à nos angoisses abyssales, la tristesse et la douleur restent gravées dans nos veines, pauvres fous que nous sommes... Quam minimum credula postero ! (Carpe Diem)

 (Sombre Cÿr)

(Alexis)

Aux grands regrets de tous, cet album était le dernier d’une belle lignée. Quelle maturité ! C’est une pléthore de sensations troublantes et inoubliables ! Les illustrations de Victoria Francés qui accompagnent les textes en français, anglais et espagnol, sont d’une beauté sans nom. Cette artiste est fabuleusement expressive dans ses dessins. En suivant le chemin sombre, je me suis découverte intérieurement... Et vous, très chers lecteurs, avez-vous sentis vos êtres se perdre dans les méandres obscurs ? Avez-vous adhéré à ce sombre sanctuaire ?



Avril/Mai/Juin 2013,
Rédigée par Vivine Lilith.



Sources :





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