mardi 3 mai 2011

Chaulnes Metal Fest 2011 - 23/04/2011



Chaulnes Metal Fest 2011

Akercocke...blasphemy reborn (finally !)

(par Vlad Tepes)




Moment : 23/04/11.
Lieu : Centre socio-culturel (Chaulnes, 60).



J’attendais ce samedi 23 avril avec impatience, pour ma seconde venue au Chaulnes Metal Fest, réussissant l’exploit cette année d’amener Akercocke en France. Ai-je donc besoin de vous préciser l’évidente raison de ma venue ?



I. Lyr Drowning : Mise en bouche mélodique...

J’arrive trop tard pour assister à la prestation de Kimmerya, et c’est Lyr Drowning qui introduira cette journée à mes oreilles. Le groupe pratique un style hybride, à la croisée du heavy death mélodique et du métal gothique. Leur démarche m’évoque celle de The Old Dead Tree, dans cette façon d’allier métal extrême à une certaine approche pop (sans aucune connotation péjorative de ma part). Sans toutefois me transporter, le groupe possède des qualités musicales évidentes, mais qui selon moi restent encore à exploiter. Ce qui demeure certain, c’est que leur démarche reste personnelle et sincère, qualité que je tiens en estime. Soulignons par ailleurs la présence d’Emmanuel Rousseau au clavier, officiant également au sein des avant-gardistes musiciens d’Orakle.



II. Svart Crown : Agressivité typique...

L’ambiance va ensuite changer de cap avec l’arrivée de Svart Crown (assurant d’ailleurs la première partie française de Septicflesh), et leur black/death vindicatif. Le tout est exécuté avec professionnalisme, mais le tout manque de ce petit je ne sais quoi qui fait la différence en mélomanie.


Svart Crown @ Chaulnes 23/04/2011


Car j’ai beau reconnaître et apprécier l’aspect très carré de la prestation, je suis malgré tout resté totalement en dehors de leur univers. Toutefois, le public aura su être réceptif, à mon sens bien plus en raison de la brutalité de Svart Crown qu’autre chose.





III. Sarah Jezebel Deva : Chute tragique...

Le Chaulnes Metal Fest aura choisi une logique de contraste dans le running-order de la journée, démarche qui peut s’avérer parfois déstabilisante. Ce fut le cas pour le passage de Svart Crown à Sarah Jezebel Deva, dame fortement célèbre de par ses antérieures collaborations. Car tout le monde se souvient de sa longue implication au sein de Cradle of Filth en tant que choriste, à l’exception du dernier opus où elle se sera vue remerciée par les sanguinaires anglais. Et la prestation de ce 23 avril va me fournir d’hypothétiques explications à ce sujet...


Sarah Jezebel Deva @ Chaulnes 23/04/2011


La dame se sera entourée d’un line-up de jeunes musiciens qui en veulent, et notamment un bassiste en grande forme et prêt à défendre la musique du projet contre vents-et-marrées. Musicalement, nous nous situons dans un registre apparenté au métal gothique, mais qui n’en possède que l’apparat. En effet, le feeling se trouve à mon sens bien plus ancré dans le rock que dans le métal. Ceci est très largement accentué par le registre vocal qu’a choisi d’utiliser Sarah Jezebel Deva, très classique dans des sonorités presque pop (me faisant ainsi penser à la déchéance vocale d’une Liv Kristine...). Car oui, nous sommes ici à des années-lumière du registre lyrique qu’elle aura su apporter au sein de Cradle of Filth. A tel point que j’ai eu grand peine à la considérer comme celle qui sublima des morceaux tels que "The forest whispers my name", "Cruelty brought thee orchids" ou encore "Dusk and her embrace".


Sarah Jezebel Deva @ Chaulnes 23/04/2011


Autant le dire frontalement : je n’ai rien trouvé de familier ni rien de novateur à la musique que Sarah Jezebel Deva souhaite actuellement écrire. Le tout m’est apparu très pauvre en contenu émotionnel, et très plat dans le rendu. Même si je n’attendais pas grand-chose de cette prestation, j’avoue avoir éprouvé une certaine peine devant ce que j’ai clairement perçu comme un appauvrissement musical de celle que j’ai tant d’années admiré dans sa grandiloquence et son lyrisme... aujourd’hui comme réduits à néant.





IV. Akercocke : Unique...

Aussitôt la prestation de la dame achevée, je m’en vais me circonscrire une place au devant de la fosse, car le moment tant attendu de ce festival approche inéluctablement. Akercocke est à deux doigts d’exécuter le second concert français de toute sa carrière (après l’excellente et millimétrée prestation au Hellfest 2006). Et gageons que cela est peu, trop peu. Mon impatience est à l’image de la frustration amoncelée en moi depuis cinq longues années, accentuée par l’attente d’un nouvel opus que nous n’attendons (presque) plus. Et le sourire presque moqueur de Jason Mendonça interrogé à ce sujet nous laisse dans la plus grande perplexité, et non du désespoir. Nous pouvons également dire qu’Akercocke n’a pas tout fait pour tarir de telles inquiétudes, notamment au niveau d’un merchandising inexistant, ce qui questionne sur la volonté du groupe de se faire connaître plus en avant.


Akercocke @ Chaulnes 23/04/2011


Mais tout ce que je viens d’évoquer ne relève que du domaine des appréhensions qui sont les miennes, allant soudainement s’envoler (et même se suicider en plein vol !) dès les premières notes. Sans attendre que les lumières s’éteignent, Akercocke déploie son univers de messe noire avec "The promise". L’ambiance se veut immédiatement opaque, malsaine, extrêmement prenante. Akercocke saura nous prendre dans son urgence, nous engloutissant dans son univers. Dès "The promise", tout semble déjà prouvé tellement leur conviction se mue chez l’auditeur en véritable possession diabolique. Le morceau ne sera perturbé que par un bref problème de guitare (celle de Jason il me semble). Mais cela ne viendra nullement gâcher cette fiévreuse entrée en matière. A cela s’enchainera "My apterous angel", accentuant le climat déjà fortement possédé de cette prestation.


Akercocke @ Chaulnes 23/04/2011


Puis Akercocke va nous gratifier d’une surprise inattendue, à savoir un retour en arrière vers leur tout premier opus, Rape of the bastard nazarene. Et voici que survient "Marguerite and Gretchen", soit selon moi le morceau le plus remarquable de cette première messe noire de 1999. Ainsi, c’est David Grey qui introduit cette régression temporelle (avec la même rythmique qu’à l’époque) à savoir cette frénésie typiquement drum’n’bass (jusqu’à présent, il s’agit d’ailleurs du seul groupe de métal extrême ayant usé d’une telle rythmique dans le cadre d’un album de ce genre métallique). Le sieur Grey nous aura une fois de plus démontré ses capacités techniques ahurissantes, exerçant une rapidité diabolique tout en conservant son légendaire flegme. "Marguerite and Gretchen", bien que légèrement modernisé vocalement parlant, jouira de la violence rituelle d’antan, nous donnant presque le sentiment de demeurer un morceau contemporain d’Akercocke. En voici une maigre illustration sonore :




Après ce tour de force, Akercocke en revint à ses classiques à travers un morceau plus direct, en la qualité de "Verdelet". Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce brûlot interprété avec fougue et classe, permettant à l’auditeur de libérer une rage bien trop dangereuse à contenir...

Poursuivant dans l’interprétation de ses morceaux les plus illustres, nous remontons légèrement en arrière avec "Leviathan". La performance délivrée ce soir-là a replacé ce morceau en tant que noyau fondamental du groupe, certes très efficace mais aussi composé de manière exquise. Akercocke aura su nous emporter avec lui dans les limbes de la luxure, et il ne manquait qu’une seule chose à cette interprétation : une jeune femme faisant l’apologie de ses charmes sur scène, tentant de déstabiliser le flegme du sieur Grey ! Techniquement le rendu fut époustouflant de maitrise mais surtout de feeling. En effet, les solos ont brillé à la fois par une exécution d’une grande fluidité, mais c’est bien le doigté (...) qui en sera ressorti maître. Et en voici une petite illustration aussi bien sonore que visuelle :




Non avare de surprises, nos anglais auront de nouveau exhumé un morceau de leur premier opus, en la qualité de "Il giardino di monte Oliveto Maggiore". A mon sens moins intéressant musicalement que "Marguerite and Gretchen", il n’en recèle pas moins des passages tous droits sortis d’une messe noire. Malheureusement, le son n’aura pas bénéficié d’assez de clarté pour les faire ressortir à leur juste valeur. Au final, ce morceau très fin (en même temps, quel morceau d’Akercocke saurait-il prétendre le contraire ?) se sera surtout illustré dans ses plus violents aspects, ce qui du coup aura permis de compléter les errances précédentes du "Leviathan"...


Akercocke @ Chaulnes 23/04/2011


Le temps est venu de revenir au pavé que demeure Words that go unspoken - Deeds that go undone, au travers de son morceau le plus opaque et serpentin : "Shelter from the sand". Une fois de plus, le groupe n’aura vraiment pas choisi la facilité, avec ce pavé d’une dizaine de minutes des plus ambiancés. Malgré quelques petites imperfections techniques, le rendu global aura été à la hauteur du morceau, dont la brume studio sera bel et bien venue nous envahir ce soir-là. Encore un sacré tour de force, dont le superbe final est capté ici :




Quel final peut-on rêver à un concert d’Akercocke ? Peut-être un démon dominateur faisant crier une jeune femme effrayée ? Il est donc l’heure d’incanter "Praise the name of Satan" ! L’introduction sera quelque peu écourtée, ce qui est peut-être dû au fait qu’elle soit peu audible dans une salle de concert. Puis ce sont les flammes de l’enfer qui s’empareront de Chaulnes, Akercocke faisant preuve d’une violence dévastatrice. L’urgence du groupe à ce moment du concert aura entrainé quelques petits couacs techniques sur le final du morceau, qui une fois de plus n’auront pas parasité le rendu.


Malgré un ensemble de déconvenues initiales (et notamment l’absence des traditionnels costumes de scène), Akercocke aura délivré un concert ambiancé au possible et aura transmis une sérieuse envie d’en découdre. En effet, le désir de faire vivre la Bête apparaît manifeste, et nous pourrions presque encore sentir un goût de sang frais dans notre bouche...




Akercocke : set-list @ Chaulnes 23/04/2011
Set-list Akercocke :

1) The promise
2) My apterous angel
3) Marguerite and Gretchen
4) Verdelet
5) Leviathan
6) Il giardino di monte Oliveto Maggiore
7) Shelter from the sand
8) Praise the name of Satan



V. Misanthrope : Mimiques...

Après telle messe noire, même le plus illustre des groupes de black métal norvégien aurait éprouvé des difficultés à embraser la scène. Ce sont les vétérans de Misanthrope qui investissent alors Chaulnes. Je reconnais avec un problème stylistique avec cette entité, le jeu de scène de SAS de l’Argilière ne suscitant chez moi qu’une immédiate irritation.


Misanthrope @ Chaulnes 23/04/2011


Au-delà de mes freins personnels, Misanthrope aura su délivrer un show en bonne et due forme, avec honnêteté et talent. Musicalement, le tout est impeccable, même si mon ressenti reste identique concernant ce chant extrêmement typé.





VI. Septicflesh : Compulsive rhétorique...

Après une attente démesurément longue, la tête d’affiche de la soirée qu’est Septicflesh investit la scène. Un son excessivement fort aura eu raison de mes tympans, alors que Spiros attirera l’attention par une attitude grotesque de rock-star en direction de son roadie (cet irrespect me rappelle Deicide il y a de nombreuses années, avec un Glen Benton odieux envers son ingé-son). En très peu de temps, le peu d’optimisme conservé envers Septicflesh retomba dans les abysses.


Septicflesh @ Chaulnes 23/04/2011


Durant tout le set, le son restera bien trop élevé, dont la batterie en sera l’apologie : la caisse claire peut être résumée par un ignoble matraquage, masquant par-là un jeu minimaliste. Des guitares toujours autant en retrait seront recouvertes par des samples absolument identiques à ceux utilisés en studio. Au final, le rendu live de Septicflesh demeure toujours strictement le même, à savoir un semi-concert !

Or, ce n’est pas la set-list qui aura su rehausser le niveau global de la prestation, demeurant dans son tronc quasi identique à celle jouée compulsivement durant la tournée de Communion (les nouveaux morceaux en moins). D’ailleurs, parlons-en de ces nouvelles pièces, ne consistant qu’en un simple prolongement du précédent opus, tout en orchestrations et délaissant allègrement une musique pouvant véritablement être jouée live.


Septicflesh @ Chaulnes 23/04/2011


La prestation de ce soir présentait malgré tout un invité de choix en la présence de Sotiris au chant clair (ainsi qu’à la guitare durant le rappel). Manifestement, ce dernier n’assiste jamais aux prestations de Septicflesh en raison d’une difficulté visible à faire face à une audience. Au niveau de sa prestation, il sera relativement fidèle au chant exécuté en studio, ni plus ni moins.

L’autre surprise sera l’interprétation d’un résidu du passé (en lieu et place de deux initialement annoncés… sauf si nous prenons en compte ce titre de Revolution DNA, déjà joué lors de la tournée de Communion soit-dit en passant). Le groupe aura choisi "Esoptron", que peu de personnes dans l’audience semblent connaître. J’avoue n’avoir absolument rien retenu de ce morceau, ce qui ne m’étonne pas le moins du monde. En effet, j’estime que Septicflesh se trouve désormais incapable d’interpréter son passé, ce qui d’ailleurs justifie le subtil changement de patronyme juste avant la sortie de Communion.

Septicflesh en concert, on ne m’y reprendra jamais plus !




Set-list Septicflesh :

1) The Vampire from Nazareth
2) We, the Gods
3) Pyramid God
4) Virtues of the Beast
5) Lovecraft's Death
6) Esoptron
7) Communion
8) Anubis
9) Persepolis



VII. Conclusion : Edition de risques...

L’édition de 2011 du Chaulnes Metal Fest n’aura pas choisi la voie de la facilité, alternant en sa première journée entités mélodiques et formations plus extrêmes. Ceci permettait de provoquer du contraste et d’apporter une certaine variété.

De plus, l’événement réel de cette année (en lieu et place de la tête d’affiche usurpée par Septicflesh) est la venue d’Akercocke. Leurs prestations bien trop rares dans cette partie de l’Europe apparaissent regrettables, et le Chaulnes Metal Fest aura pu offrir un cadeau de choix aux quelques mélomanes extrêmes venus assister à une messe noire tant espérée. En attendant que d’autres organisateurs emboitent le pas de Chaulnes très prochainement ! Hosanna in extremis...



Avril 2011,
Saigné par Vlad Tepes.



Chaulnes Metal Fest 23/04/2011



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